Les menaces

Les plantes exotiques envahissantes

Les espèces exotiques envahissantes (EEE) sont aujourd’hui reconnues comme étant l’une des plus grandes menaces pour la biodiversité. Les invasions biologiques sont en effet considérées comme la deuxième cause d’érosion de la biodiversité à l’échelle mondiale après la destruction et la dégradation des habitats naturels (UICN 2009). Dans les petites entités insulaires, où la biodiversité est à la fois particulièrement originale et vulnérable, elles représenteraient même la première cause de ces extinctions d’espèces (Beauvais et al. 2006).

Les espèces exotiques envahissantes peuvent provoquer des dommages :

  • au niveau des processus écologiques en altérant le fonctionnement des écosystèmes naturels et anthropiques,
  • au niveau de la composition des écosystèmes en causant la régression, l’hybridation ou la disparition d’espèces indigènes,
  • au niveau des activités économiques en pénalisant les rendements agricoles ou la valeur touristique des paysages,
  • au niveau de la santé humaine, en causant des allergies ou en favorisant la transmission de virus et de bactéries (Soubeyran 2008).

Caractères communs aux envahissantes :

  • taux de croissance rapide,
  • maturité sexuelle précoce,
  • capacité de reproduction importante (souvent sexuée ET végétative),
  • dispersion efficace,
  • grande banque de graines,
  • grande persistance des graines dans le sol,
  • tolérance à de larges variations écologiques, particulièrement en ce qui concerne la germination et la croissance.

Le nombre total de taxons introduits en Nouvelle-Calédonie s’élève aujourd’hui à 2008, parmi lesquels 597 sont aujourd’hui mentionnés comme étant spontanés dont 200 envahissants ou potentiellement envahissants (Hequet 2010,_télécharger le document).

Vingt-neuf pour cent de la flore introduite est établie sur le territoire et se développe régulièrement ou occasionnellement de façon spontanée. Parmi ces taxons spontanés, 33% sont envahissants (Hequet 2010,_télécharger le document).

 

Quelques espèces envahissantes de Nouvelle-Calédonie :

Arundo donax fait partie de la liste de l’UICN des “100 espèces parmi les plus envahissantes dans le monde”. Elle possède une forte plasticité écologique et supporte en particulier les périodes de sécheresse (Blanfort et al. 2008), elle remplace la végétation rivulaire native et altère l’habitat de la faune associée. Elle piège les sédiments et réduit les canaux d’écoulement des eaux ce qui entraine des phénomènes d’érosion et de crues. Elle favorise les feux, ses débris peuvent bloquer les cours d’eau et elle peut aussi réduire la disponibilité en eau à travers une intense évapotranspiration (source : GISD).

Arundo donax

Lantana camara est une peste majeure quasiment sur l’ensemble du globe. Il peut former des couverts denses et devenir dominant dans les sous-bois de forêts perturbées, empêchant la régénération des espèces natives et réduisant considérablement la biodiversité.

Lantana-camara

De nombreuses espèces de Pinus font partie des plantes invasives les plus compétitives et les plus largement distribuées, tout particulièrement dans l’hémisphère sud (Richardson and Bond 1991). Ils possèdent en effet de nombreuses caractéristiques les rendant extrêmement compétitifs : capacité à former très rapidement après les perturbations des tapis denses de recrues, systèmes de reproduction permettant l’autogamie et les croisements consanguins sur les arbres isolés ainsi que de nombreux traits qui confèrent aux populations une grande résilience à différents niveaux de perturbations.
Le Pinus ayant un intérêt économique lié à l’exploitation de son bois, les perspectives de gestion de cette espèce sont controversées bien qu’essentielles pour la conservation des écosystèmes calédoniens.

Tapis de régénération de Pinus carabibea

Eichhornia crassipes et Salvinia molesta sont bien connues autour du monde pour leurs effets dévastateurs sur les milieux aquatiques. Ces espèces bénéficient encore malheureusement d’un fort engouement du grand public pour l’utilisation en ornementale dans les bassins et aquariums. On les trouvait encore il y a peu de temps en vente dans les jardineries.

Eichhornia crassipes Salvinia molesta

Leucaena leucocephala ou "faux-mimosa", est classé parmi les 100 pires par le GISD et listé dans la base de données Nationale Australienne des envahissantes. Le cas de Leucaena leucocephala constitue un cas particulier dans la mesure où cet arbuste fourrager très appété par le bétail, notamment en saison sèche (donc très utile en élevage), est également une espèce envahissante environnementale très préoccupante. Il colonise aujourd’hui de vastes espaces sur la partie ouest de la Grande-Terre en particulier. Ce double statut nous amène à considérer le Faux mimosa comme une espèce fourragère nuisible dès qu’elle sort du contexte pastoral du fait de pratiques non adaptées (Blanfort et al., 2008).

Leucaena leucocephala

Melia azedarach possède de nombreuses défenses contre les insectes ce qui le rend très compétitif face à de nombreuses espèces natives et la litière qu’il produit peut altérer la chimie des sols (Noble et al. 1996). Il est listé dans la base de données Nationale Australienne des espèces envahissantes.

Melia-azedarach Le-Corre

Macfadyena unguis-cati est considérée comme l’une des lianes exotiques les plus destructrices (McClymont 1996). Elle est parfois qualifiée d’ « espèce transformatrice » en raison des changements qu’elle induit dans les écosystèmes. Elle est capable d’affecter toutes les strates d’un écosystème forestier en colonisant tout l’espace, horizontalement et verticalement. Elle forme un épais tapis de feuilles qui se propage sur la canopée et étouffe les arbres hôtes par son poids et son ombrage. Macfadyena unguis-cati a une croissance rapide, une grande durée de vie et nécessite peu de ressource pour croître. Elle survit au broutage et au feu et les perturbations ont tendance à accroître sa vigueur en stimulant sa capacité à rejeter depuis les axes endommagés et les racines.

Macfadyena unguis-cati

Surnommé « le cancer vert » à Tahiti ou « la peste pourpre » à Hawai'i' (« purple plague »), Miconia calvescens représente actuellement un exemple spectaculaire et catastrophique d'une invasion biologique par une plante introduite en milieu insulaire. Depuis son introduction à Tahiti dans un jardin botanique privé en 1937, le Miconia est devenu la principale plante envahissante de Polynésie française. Il a envahi les îles de Tahiti (plus de 75 000 hectares envahis soit 70% de la surface de l'île), Moorea (plus de 3 500 ha, soit 25% de l'île) et Raiatea (plus de 400 ha, soit 2.5% de l'île). Le Miconia est aujourd'hui présent dans le milieu naturel en Nouvelle-Calédonie sur un site (Hauts de Robinson-Vallée de la Thy) où il fait l'objet d'un programme intensif de lutte par la DENV.

Miconia-calvescens DENV

Psidium cattleianum ou "goyavier-fraise", lui aussi classé parmi les 100 pires selon le GISD. Psidium cattleianum forme des fourrés denses et étouffe la végétation naturelle, il a eu un effet dévastateur sur les habitats naturels à l’île Maurice et est considéré comme l’une des pires pestes à Hawaï. Bien qu’encore relativement localisé en Nouvelle-Calédonie, son impact sur les écosystèmes est déjà inquiétant. Il bénéficie de la présence de cochons sauvages qui se nourrissent de ses fruits et les dispersent. En retour, le Psidium procure au cochon des conditions favorables à son développement, entraînant ainsi une dégradation progressive des habitats (Diong 1982). Ses fruits sont aussi très appréciés des oiseaux (et des hommes) qui les consomment et les dispersent.

Psidium-cattleianum DENV

Spathodea campanulata ou "tulipier du gabon", fait aussi partie des 100 pires selon GISD. Cet arbre ornemental à la floraison spectaculaire est une envahissante avérée à Hawaii, Fidji, Guam, au Vanuatu, dans les îles Cook et aux Samoa. Elle envahit les zones agricoles et les écosystèmes naturels qu’elle fini par dominer, étouffant les cultures et les autres arbres (source : GISD). Elle est déjà bien implantée sur le territoire avec par endroits des populations très denses et de nombreux individus matures répartis tout autour de l’île. Les individus adultes produisent de nombreuses gousses, chacune contenant environs 500 graines membraneuses dispersées par le vent. Cette espèce possède donc un potentiel d’envahissement énorme. Le contrôle manuel n’est sans doute déjà plus envisageable à l’échelle du territoire, toutefois les populations pourraient avantageusement être contrôlées pour éviter au moins qu’elles n’atteignent les zones de conservation.

Tulipier du gabon

 

Sysygium jambos ou "pomme rose" est un arbre de taille moyenne qui forme des fourrés denses et remplace la végétation native. Il envahit les forêts intactes. Syzygium jambos affectionne particulièrement les zones de basse altitude. A la réunion il est considéré comme l'espèce envahissante la plus menaçante pour les forêts rivulaires dans lesquelles il forme des forêts monospécifiques en l'absence de perturbations humaines (source : PIER Pacific Island Ecosystems at Risk). Syzygium jambos est encore relativement localisé sur le territoire mais il prend déjà des proportions considérables dans la zone de Farino-Sarraméa qu'il colonise essentiellement (mais pas uniquement) en longeant les bords des creeks. Cette espèce est à considérer en priorité car elle est située à proximité d'une zone de conservation et parce qu'elle représente une menace directe pour les écosystèmes intacts. 

Syzygium jambos red

Tecoma stans est un arbuste ornemental qui affectionne les milieux secs et dégradés mais qui peut toutefois se rencontrer dans des milieux assez bien conservés. Il forme des fourrés denses monospécifiques et bloque la régénération des espèces natives. En Nouvelle-Calédonie ses populations ont pris des proportions très importantes dans toute la région de Boulouparis où il aurait tiré profit dans les années 1990 de la chute des effectifs de Leucaena leucocephala (alors attaqués par un insecte : le psylle) pour coloniser l’espace alors laissé libre (T. Jaffré com. pers.). Il est actuellement en pleine expansion notamment dans les pâturages où il constitue une espèce concurrente sérieuse pour les espèces fourragère pour l’accès à la lumière, à l’eau et aux nutriments (Blanfort et al. 2008). Cet arbuste très prolifique se dissémine abondamment là où il est présent. Sans doute déjà trop largement disséminé sur le territoire pour qu’une lutte manuelle puisse être envisagée.

Tecoma stans

Télécharger le rapport : zipHequet, Le Corre et al 2010



Le laboratoire de Botanique fait partie des membres du Groupe Espèces Envahissante (GEE). Il a à ce titre participé à la réalisation d'une exposition sur le thème des espèces envahissantes de Nouvelle-Calédonie.

Visite du volet végétal de l'exposition itinérante "arrêtons l'invasion" :

affiche

Agave small jacinthe small Lantana small Miconia small
Opuntia small tecoma small Pennisetum small

Contact: Vanessa Hequet

Source : Hequet, V., M. L. Corre, et al. (2010). Les Espèces Exotiques Envahissantes de Nouvelle-Calédonie. IRD. Nouméa: 87.

Bibliographie

Beauvais, M.-L., A. Coléno, et al., Eds. (2006). Les espèces envahissantes dans l'Archipel néo-calédonien. Collection Expertise collégiale, Institut de Recherche pour le Développement.

Blanfort V., Orapa, W., (Eds), 2008. Ecology, impacts and management of invasive plant species in pastoral areas Ecologie. Proceedings of the Regional Workshop on Invasive Plant Species in Pastoral Areas, 24-28 november 2003, Koné, New Caledonia Caledonia. IAC/SPC, Suva, 201p. http://www.spc.int/lrd/plant_health_publications.htm

Diong, C. H. (1982). Population biology and management of the feral pig (Sus scrofa L.) in Kipahulu Valley, Maui, Hawaii. Hawaii, University of Hawaii.

Hequet, V., M. L. Corre, et al. (2010). Les Espèces Exotiques Envahissantes de Nouvelle-Calédonie. IRD. Nouméa: 87. zipRapport Hequet, Le Corre et al 2010.zip

Hequet, V. and M. Le Corre (2010). Révision du catalogue des plantes introduites de H.S. MacKee (1994). IRD. Nouméa, IRD: 219.

McClymont, K. (1996). Cat's claw creeper (Macfadyena unguis-cati). Brisbane Rainforest Action & Information Network.

Noble, A. D., I. Zenneck, et al. (1996). "Leaf litter ash alkalinity and neutralisation of soil acidity " Plant and soil 179(2): 10.

Richardson, D. M. and W. J. Bond (1989). "Determinants of plant distribution : evidence from Pine invasions." The American Naturalist 137(5): 29.

Soubeyran, Y. (2008). Espèces exotiques envahissantes dans les collectivités françaises d'outre-mer. Etat des lieux et recommandations. Planète Nature. C. f. d. l'UICN. Paris.

Stohlgren, T. J., D. Binkley, et al. (1999). "Exotic Plant Species Invade Hot Spots of Native Plant Diversity." Ecological monographs 69(1): 21.

UICN. (2009). "Initiative sur les espèces exotiques envahissantes envahissantes en outre-mer."

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